Corinne visite Paris - 2002.

Continuant à préparer ma transition bien à l'avance, je devais aller à Paris pour un rendez-vous avec le chirurgien plasticien.


Arrivée gare de Lyon et rencontre de Cathy et Ester

20 décembre 2002. C'était ma première visite à Paris depuis plusieurs années et je l'attendais avec intérêt. J'avais un rendez-vous avec Dr. Bui, le chirurgien plastique que j'espérais être en mesure de féminiser mon visage. Je me suis réveillée à 6h, débordante d'énergie. Je me suis habillée en pull brun, ceinture ajustée, jupe de suédine au genou, collants et bottes de daim à hauts talons. J'ai pris l'autobus de mon village à la gare d'Annecy, distante de 10 km, et je suis allée prendre un café et un croissant à la buvette. Il y avait 3 hommes à une table et l'un d'eux dit "bonjour, beauté, comment allez-vous ?" Il m'a un peu baratinée, puis j'ai pris le TGV de Paris, pas du tout GV jusqu'à Macon.


Hmmm... et j'avais toujours pensé que la Tour Eiffel avait 3 étages et non 2 !

Après plusieurs heures de train, pendant lesquelles mes pieds ont été à moitié gelés par le courant d'air froid qui circule toujours au niveau du plancher des wagons de TGV, je suis finalement arrivée à Paris - gare de Lyon. Mes deux amies transgenres Ester et Cathy m'attendaient. C'était chouette de les voir. Elles ont guidé la villageoise des Alpes dans le labrynthe du métro parisien jusqu'au cabinet du Dr. Bui près de la Tour Eiffel.
Il a prescrit un scanner et il a dit que j'avais un type de visage avec lequel il pourrait faire beaucoup de choses (Hou ! cela semble encourageant n'est-ce pas ? Transformera-t-il ma vilaine tronche en celle d'une princesse de conte de fées ?). Cela exigerait 3 opérations à au moins 2 mois de distance : tout d'abord une réduction du front, de la mâchoire et du menton, dont les résultats n'auraient apparemment pas l'air très différents au début mais deviendraient évidents après quelques mois une fois les œdèmes résorbés... l'avantage étant que probablement personne ne remarquerait rien à mon travail.
Ensuite une rhinoplastie, un rabotage de la pomme d'Adam et une augmentation des pommettes qui deviendraient plus apparentes, et finalement un lifting du visage et une blépharoplastie. Il a dit que, du moins de visage, j'aurais l'air totalement féminine et personne ne pourrait suspecter mes origines. 22.000€ de coût total. Gloup ! ! ! il a demandé un acompte 3 mois avant, le solde au jour dit. Et non remboursé par la Sécurité Sociale ni mon assurance maladie privée. Bien, je devais commencer à économiser, n'est-ce pas ?


Corinne et Ester

Mon agenda comprenait ensuite une visite à Tom, transsexuel FtM également psychologue. Mon psychiatre, le Dr. Blachère à Aix-les-Bains, avait suggéré que j'aille parler à Tom parce que, jusqu'ici, je ne connaissais pas de transsexuelles. Il voulait également que Tom lui dise s'il pensait que j'étais moi-même une vraie transsexuelle et non un travesti. En sortant, nous sommes donc allées voir Tom. C'était dans un quartier plutôt craignos du nord de Paris et, dès que nous sommes sorties du métro, j'ai remarqué que les rues étaient pleines des déchets, quelque chose que je ne suis pas du tout habituée à voir. Un groupe de loubards originaires d'un ensemble de pays méridionaux - qu'il vaut mieux ne pas nommer dans l'intérêt de l'harmonie ethnique - nous ont lancé une poubelle et, heureusement pour nous, nous ont manquées. C'est très cosmopolite, Paris, mais je dois dire que je préfère les Alpes. Tom, qui avait été une fille, avait un aspect 100% masculin et était très gentil, répondant à mes questions. Après, j'ai dit au revoir à mes deux amies et je suis allée passer la nuit chez ma cousine dans le centre de Paris.


Corinne et Cathy

Le lendemain, je me suis réveillée à 9h - ciel sombre et pluie. J'ai rejoint pour le petit-déjeuner ma cousine et sa fille, charmante. Cette dernière s'appliqua avec soin et beaucoup de succès à s'adresser à moi dans le genre correct, et elle me demanda comment je faisais pour avoir des jambes aussi étonnantes ; j'ai répondu que c'était une compensation pour ne pas avoir autre chose !


Les Catacombes

Après déjeuner, j'ai marché jusqu'à Denfert-Rochereau et j'ait fait les magasins en attendant Ester, qui finalement est arrivée très en retard vers 12h30. Je l'ai invitée à déjeuner dans un restaurant chinois. Après cela nous sommes allées visiter les Catacombes, un immense labyrinthe de galeries souterraines où ont été enterrés des millions de parisiens au cours des siècles. Un panneau à la caisse indiquait "chiens non admis" j'ai dit à la caissière noire que c'était une honte parce que mon chien aimait les os ! Elle est presque tombée à terre de rire puis elle a disparu… J'ai pensé qu'elle avait peut-être pissé dans sa culotte mais elle était allée chercher le directeur et elle m'a demandé avec un sourire de répéter ce que j'avais dit. J'ai fait ainsi mais l'homme, un asiatique qui avait l'air de n'avoir jamais souri de sa triste vie, a dit seulement : "Pas de chien !" J'ai souri à la femme et j'ai dit en aparté : "aucun sens de l'humour, n'est-ce pas ? !"


Des os, des os et encore des os (et pas un chien en vue)

Nous avons descendu quelques marches raides et nous avons marché un kilomètre parmi des millions d'os et de crânes. Nous avons joué les filles idiotes et fait quelques photos avec des os dans les mains bien que les photos au flash soient interdites. J'aurais imaginé que toucher les os était également interdit mais nous les avons replacés correctement. Je n'aurais pas aimé être hantée par des squelettes en colère avec des pièces du corps mal ajustées.
Nous sommes ensuite allées à la gare St Lazare et nous avons fait quelques emplettes. Ester disait être étonnée de l'attention que je suscitais... comprenant énormément de compliments.


Agression dans le métro

Nous nous sommes séparées et je suis allée acheter un grand bouquet des fleurs pour ma cousine. Dans le métro, j'étais là avec mes fleurs, m'occupant de mes propres affaires, quand un groupe de 6 loubards noirs se mirent à émettre beaucoup d'insultes bruyantes, toutes dirigées contre moi. Ceci m'a plutôt étonnée parce que c'était la première fois j'avais un problème avec des blacks, mais peut-être est-ce comportement usuel à Paris. En attendant, tous les autres passagers regardaient fixement le sol.
J'ai jeté un coup d'œil rapide au sol moi aussi, au cas où j'aurais manqué quelque chose d'intéressant, mais cela n'avait aucun intérêt… juste un sol sale avec des tickets de métro et des mégots. La situation a empiré et un des loubards m'a approchée en roulant des mécaniques et m'a demandé, très agressif "je veux savoir si tu es un homme ou une femme sous ta jupe !" Malgré la très réelle possibilité d'une agression physique, je me suis sentie tout à fait calme (c'est très étrange ce phénomène qui se produit chaque fois que je suis en femme) ; je l'ai regardé droit dans les yeux et j'ai dit en anglais "je suis désolée, mais je n'ai pas la moindre idée de ce que vous dites" ce qui a eu pour effet de les priver du plaisir qu'ils pouvaient avoir trouvé en m'insultant en français !
Le néanderthalien devant moi a dit "Quoi ?" et une femme dit "elle ne parle pas français", sur un ton qui lui ordonnait de me laisser tranquille. Il répondit "bon, tu peux traduire hein !" et elle a hoché la tête. Je l'ai regardé très froidement et j'ai dit (en anglais) "allez-vous-en". Il a réalisé qu'il avait l'air d'un imbécile et il a fait retraite vers ses copains. J'ai dû paraître très sereine et sûre de moi aux yeux des autres passagers, bien que je ne pense pas qu'ils aient remarqué quoi que ce soit vu qu'ils s'intéressaient au plancher du wagon.


Caresses à la maison

Le lendemain, j'ai quitté l'appartement de ma cousine à 9h et j'ai pris le métro pour la gare de Lyon. J'ai été enchantée d'être appelée deux fois "Madame" et deux fois "Mademoiselle". Le contrôleur de la SNCF m'a dit "vous êtes très jolie !". Je suis arrivée à Annecy sous une assez forte pluie et j'ai dû me remettre en garçon avant de rentrer à la maison.
Ma petite fille de 5 ans a été aux anges à mon retour. Ma femme et ma belle-mère ont été toutes deux très fâchées contre moi que ma fille soit restée collée à moi toute la soirée. J'ai fait quelques dessins avec elle, je lui ai donné un bain, le lui ai séché les cheveux puis je me suis étendue sur le canapé avec elle dans des mes bras en regardant Barbapapa. Puis je l'ai mise au lit à 22h, l'envoyant en bas pour embrasser sa grand-mère. Elle est remontée avec l'air railleuse et elle dit qu'elle avait quelque chose à me dire, mais qu'il fallait d'abord aller dans sa chambre. Il semblait que sa grand-mère avait refusé de lui dire bonne nuit avec un bisou parce qu'apparemment elle ne lui avait pas fait ni à sa mère une moindre caresse de toute la journée ! Je lui ai dit de ne pas s'inquiéter et j'ai dormi sur son plancher tandis que la fée des dents échangeait sa première dent perdue contre 5€.
J'ai un amour immense pour ma bébé.


Le chien qui aurait aimé m'accompagner dans les Catacombes

Et je ne lui ai même pas rapporté un os...

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