Corinne visite l'Egypte 2003. Page 1

C'était mon dernier voyage d'affaires au Moyen-Orient avant ma transition, et donc probablement le dernier de tous, à moins que je ne réussisse à convaincre mon employeur que je pourrais assurer mes activités comme d'habitude, ce qui ne serait pas une mince affaire. Je n'étais pas même sûre de pouvoir garder mon travail. Mais pour le moment, allons nous faire plaisir au pays des Pyramides.


Un jour triste que je n'oublierai jamais

La veille de mon départ pour l'Egypte était un dimanche. 23 mars. Et mon dernier jour à la maison avant la séparation d'avec ma femme. Nous allions divorcer et je partais ce soir. C'était par conséquent un jour terriblement triste pour moi, surtout parce que je ne pouvais pas me faire à l'idée de ne plus vivre en permanence avec ma petite fille de 6 ans. Douze années d'un mariage très turbulent tiraient à leur fin. J'aimais toujours ma femme mais je savais qu'il nous était impossible de continuer à vivre ensemble car les disputes devenaient chaque jour plus aigres et nous détruisaient toutes les deux.
L'amour que j'éprouvais pour ma fille était incroyablement intense et j'avais très peur que la séparation d'avec elle ne mette entre nous une distance affective définitive (au moment où j'écris, 3 ans après, je suis heureuse de dire que ce n'est jamais arrivé).
Ce dernier jour était donc plutôt irréel, fait de peur, de la plus profonde tristesse et d'une souffrance imminente. Ma petite fille est restée près de moi toute la journée, consciente de ce que c'était mon dernier jour à la maison et que dorénavant les choses allaient être différentes. Ma femme et moi avons fait du jardinage et c'était un peu comme jadis, en particulier parce que le temps était estival. Les sommets des montagnes, toujours enneigées au-dessus de 1600m, contrastaient avec le ciel bleu et le vert incertain du printemps. Il n'y avait pas de vent et le soleil était chaud et agréable. Nous avons dîné ensemble à 19h (des bâtonnets de poisson et du riz) puis j'ai dit au revoir et ma femme et moi avons fondu en larmes. J'ai pleuré pendant tout le trajet vers mon studio à Annecy, à 10 km de là. J'avais laissé un petit mot à ma femme dans son lit, une chanson de Simon et Garfunkel, légèrement modifiée pour l'adapter à la situation : "Je peux entendre la douce respiration de la fille que j'aime..."
Je suis allée directement me coucher en étreignant Moo, ma peluche, aussi fort que je pouvais. Ma fille m'avait prêté Moo au début de l'année et je l'emporte avec moi en voyage. Je me suis endormie en pleurant.


Genève - Zurich - Le Caire

Levée à 5h, je me suis habillée dans mon petit haut noir en mousseline de soie noué devant, ceinture noire, longue jupe bleu et blanc et bottes de daim brun foncé à talons hauts. J'étais toujours très triste mais au moins voyager un peu me changerait les idées. Je suis arrivée à l'aéroport de Genève à 7h05. Un des douaniers m'a reconnue et m'a souhaité bon voyage. Après un vol d'une demi-heure vers Zurich, j'ai embarqué sur le vol du Caire, qui était presque vide. Il y avait environ 15 passagers dans le MD 11 qui a 240 places... merci à la guerre en Irak. Je suis arrivée au Caire à 14h30 et il pleuvait, 12°C avec du vent ! Aucun problème à l'immigration, fouille rapide de ma valise par la douane, j'ai pris un taxi pour l'hôtel, un trajet de 1h1/2 dans une circulation très dense.
Le ciel était d'un noir menaçant, il pleuvait, les vitres du taxi étaient couvertes de sable et d'humidité. Je me sentais heureuse d'être à nouveau moi-même mais triste de la rupture avec mon épouse. J'aurais aimé me trouver à côté d'elle dans le lit mais elle était très froide avec moi.
Le personnel a été très accueillant à l'hôtel Flamenco de Zamalek, une île sur le Nil au centre du Caire. Ils ont été enchantés de me revoir et m'ont remerciée d'avoir envoyé les photos que j'avais faites avec eux l'année dernière. Je me suis changée en pull rose, jeans, ceinture rose, veste de jean et chaussures de marche. J'ai bu une bière au bar puis je suis allée à pied à un restaurant de sushi par les rues sombres, humides et ventées. Personne ne m'a embêtée. Je parie que peu auraient osé étant donné la situation actuelle de guerre pas très loin ! Un collègue de travail disait qu'il restait en sécurité à son hôtel au Koweit quand il ne travaillait pas... Ah bon, je suis une fille courageuse, je suppose. J'ai téléphoné à ma fille, je lui ai dit qu'elle me manquait et que je l'aimais... et elle a ri avec allégresse ! Adorable petite fille. J'ai parlé à ma femme, qui m'a remerciée pour mon message. Elle semblait seule et très triste.


Loin de chez moi, une tempête de sable et en plus... des ennuis de santé

J'ai travaillé toute la journée au masculin, j'avais plusieurs réunions. Je souffrais depuis le matin d'une sensation sévère de brûlure en pissant, avec ce qui ressemblait à du sang pur. Je devais pisser toutes les 30 minutes et c'était absolument atroce. J'ai téléphoné à mon médecin en France, qui a dit que c'était probablement une infection de la prostate et que je devais faire d'urgence une analyse d'urine. Dès que j'en ai eu fini avec mes réunions, je suis allée à l'hôpital et j'ai fait faire une analyse d'urine et un dosage sanguin d'acide urique. Le docteur a également proposé une échographie, une cytoscopie et une cytologie urinaire. Je me sentais un peu enquiquinée à l'idée de tomber malade dans un endroit comme Le Caire et l'hôpital ne m'inspirait pas vraiment confiance.
Le docteur, qui semblait compétent, m'a donné des antibiotiques au cas où ce serait la prostate ou une infection de l'appareil urinaire. Pisser du sang, c'est vraiment effrayant.
Je suis rentrée à l'hôtel, je me suis mise en tenue féminine et j'ai marché jusqu'à l'hôtel Sheraton du Caire où j'ai commandé un tagine d'agneau au restaurant marocain sur le toit. Il faisait toujours un froid glacial et venteux avec tempête de sable. Le jeune serveur vint me dire "Ma'am, je dois vous dire que vous êtes très belle !" Plus tard il m'a dit "vous avez un beau corps !" Il a demandé le numéro de ma chambre et j'ai dit que j'étais mariée. Il a voulu savoir si mon mari était avec moi. J'ai regardé une danse du ventre puis je suis allée me coucher.


Plus de peur que de mal

Après le travail, je me suis remise en femme et suis retournée à l'hôpital Alsalam récupérer mes résultats d'analyses d'urine et de sang et faire une échographie. Tout était normal, y compris la prostate et il n'y avait aucune trace de cristaux d'acide urique. Le docteur pensait que c'était peut-être un calcul qui avait éraflé l'intérieur de l'urètre avant de sortir. Il y avait une agitation considérable des jeunes personnels qui m'observaient tous attentivement, m'ayant vue la veille en version masculine. Le docteur, cependant, ne s'en souciait pas.
J'ai attrapé un taxi pour l'hôtel Mariott et on m'a servi un repas nul au restaurant italien, des frites tiédasses que j'ai renvoyées et qu'on m'a rapportées fièrement après un coup de micro-ondes... La viande était tiède et dépourvue de goût. Ce n'est pas mon meilleur voyage, n'est-ce pas?


Une journée frustrante

J'ai eu quelques réunions le matin puis je suis rentrée à l'hôtel et je me suis changée en petit haut bleu et blanc, jeans et plateformes de corde beiges. J'ai déjeuné au restaurant de l'hôtel Flamenco mais le service était lamentable et la serveuse hargneuse me tapait sur les nerfs. Elle me fixait avec désapprobation, alors je l'ai fusillée du regard jusqu'à ce qu'elle détourne les yeux. Après déjeuner, j'ai marché le long du Nil mais j'ai été harcelée par un groupe de petits garçons. C'était un concert de klaxons incessant et j'étais observée par cent paires d'yeux, il n'était pas question d'une promenade tranquille sur le chemin de halage. J'ai pris un taxi pour le Nil Hilton, je me suis promenée dans les environs et j'ai regardé le prix des chambres, qui était 110$ TTC mais ce n'était pas un hôtel très sympa et la piscine était moche.
J'ai flâné dans le centre commercial et ce fut insupportable. J'ai été suivie tout le temps par des écolières débiles qui ricanaient bêtement, laides comme le péché. J'ai dû leur dire de me laisser seule et il est très intéressant d'observer qu'elles ont battu en retraite quand je leur ai parlé, comme si elles avaient peur de moi ! Les commerçants couraient d'une boutique à l'autre pour s'avertir que j'approchais, ils me fixaient des yeux, rendant impossible de regarder quoi que ce soit. Je suis partie après une tournée rapide des 7 étages mais il n'y avait rien, sauf des chaussures de mauvaise qualité et des vêtements sans intérêt. D'après ce que j'en ai vu, aucune de ces boutiques n'avait eu de client depuis des semaines ! Les Egyptiens semblent aller là juste pour se promener et regarder.
Je suis retournée à l'hôtel et j'ai lu un moment, puis je me suis changée en jupe mauve au genou et sandales noires à brides et talons aiguilles. J'ai aussi rapproché étroitement mes petits seins avec du sparadrap et j'ai mis mon t-shirt bleu foncé coupé court, l'échancrure était très suggestive ! Je suis ressortie pour aller au restaurant Four Corners qui était vraiment bon bien que les serveurs aient été très cassants.


Le Caire - Charm el Cheikh

Le vendredi est le début du week-end arabe et aujourd'hui j'allais à la Mer Rouge ! A ce moment, mon voyage d'affaires était fini et je prenais quelques jours de vacances. J'ai dû me lever à l'heure sublime de 3h ! Je me suis habillée d'un haut zébré zippé, mini-jupe et veste de jean, collant et bottes plates de daim crème. Je suis partie de l'hôtel à 4h30 (soupir) et je suis arrivée à l'aéroport à 5h. J'ai causé un peu d'agitation vu la manière dont j'étais habillée, évidemment, et deux Anglais se sont ouvertement moqués de moi, ils avaient l'air du genre à sentir leurs bases psychosexuelles menacées. Je les ai ignorés, j'ai embarqué dans l'avion et j'ai volé au-dessus du désert magnifique jusqu'à Charm el Cheikh, une station touristique à la pointe sud-est du Sinaï.
Le petit aéroport était immaculé, avec des pelouses soignées, le ciel était d'un bleu lumineux et il faisait 30°C. Je voyais que j'allais apprécier mon week-end ! Dans le lointain, il y avait une chaîne de montagnes pittoresques, dont la seule vue m'a donné furieusement envie d'aller la gravir immédiatement ! J'avais oublié de réserver un hôtel, j'ai choisi le bus du Mariott parmi une quantité d'autres. Cela s'est avéré être un excellent choix... Le Mariott Beach Resort à Nama Bay. Belle réception avec cascade, jolie piscine et beaucoup de palmiers.


Une chambre luxueuse avec balcon

J'ai attendu qu'une chambre soit disponible car il n'était que 9h et j'ai fait quelques photos. Un employé a offert de me prendre en photo mais, ayant déjà expérimenté l'incompétence photographique de beaucoup d'Egyptiens, je lui ai dit que j'avais un temporisateur. On m'a donné une chambre vraiment jolie avec balcon et vue sur la piscine avec ses petits ponts de bois, jardins de rocaille, cascades et palmiers, et, là-bas, la Mer Rouge !


La piscine

Je me suis immédiatement mise en tenue de plage avec mon haut de bikini (je n'ai plus vraiment besoin de mes faux nénés), jupe de plage noire et semelles de corde. Je me suis assise à l'ombre parce que je ne devais pas aller au soleil à cause des antibiotiques et j'ai admiré deux filles russes en bikinis avec des corps superbes. Bon, quand je dis "admiré" je pense en fait "bavé devant sans me contrôler"... Je suis allée au lit à 13h en écoutant le bruit de la piscine et le vent dans les palmiers. Je me sentais libre, libre, libre.

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