Corinne retourne en Egypte 2005. Page 2

Après plusieurs jours d'affaires réussies au Caire, Corinne part pour le week-end perturber les habitants innocents de Charm el Cheikh.


Naama Bay

Samedi 2 avril. Je me suis réveillée au bruit du vent dans les palmiers juste devant mon balcon. C'est vraiment un endroit magnifique et j'aimerais venir ici passer des vacances avec ma petite fille. Je me sentais heureuse ! Je me suis levée à temps pour le petit-déjeuner, un buffet luxueux avec absolument tout ce qu'on peut imaginer. Le cuisinier a insisté pour me faire une omelette et m'a baratinée en la faisant. Puis ce fut l'heure pour la piscine et la plage. Heureusement le vent était tombé ainsi j'ai nagé en mer plusieurs fois, bien qu'elle n'ait pas été aussi chaude que j'aurais voulu. Je me suis fait bronzer et j'ai lu un livre, sautant le déjeuner parce que le petit-déjeuner avait été suffisant.


Légère comme une plume ! ! ! (*)

Après avoir fait ma dilatation l'après-midi, je me suis habillée d'un haut en cuir noir qui met mes seins en valeur, pantalon rose et bottines noires. Je suis allée à pied au centre ville par le chemin côtier, attirant énormément l'attention. À un magasin on m'a demandé si je faisais de la musculation et j'ai bien sûr dit oui ! Un type a fait semblant d'être terrifié par moi puis il m'a soulevée en l'air pour une photo. Plusieurs ont insisté pour faire un bras de fer avec moi et j'ai été battue facilement. Les Egyptiens sont très sociables et ont un bon sens de l'humour. Cependant je me fatigue vite de toutes leurs attentions.

NdT. Corinne fait un jeu de mots. Elle écrit : Light as "a bit of fluff" ce qui veut dire aussi "une petite nana". La traduction ne permet pas de faire passer ce trait d'humour.



Une promenade sur les falaises

J'ai marché jusqu'à la pointe sud de Naama Bay où le terrain monte et où des falaises de grès dominent la plage de sable. Il y a là environ cent marches pour monter au sommet de la falaise. Un homme est venu me dire qu'il avait été fortement impressionné par la manière dont j'étais montée en courant. Puis il m'a donné sa carte et il a suggéré que je pourrais avoir envie de l'appeler pour passer ensemble une soirée inoubliable. Hum... Pendant que la nuit tombait, je suis revenue à l'hôtel et j'ai réservé une table au restaurant japonais pour le lendemain soir puis j'ai flâné jusqu'à l'heure du dîner, j'ai mangé à un buffet et j'ai regardé un spectacle de danse du ventre. J'ai téléphoné à mon père en Angleterre pour lui souhaiter un joyeux anniversaire. Il a demandé si tout était cicatrisé maintenant, je lui ai dit oui et que j'étais la fille la plus heureuse au monde. Il a répondu en riant qu'il lui était encore difficile de penser à moi en tant que fille.


Un dimanche à glandouiller sur la plage et à la piscine

Dimanche 3 avril. Après le petit-déjeuner, j'ai fait une dilatation d'une heure, j'ai rendu la chambre et je suis allée à la piscine. C'était malheureusement très venteux... ce qui est apparemment assez courant en mars, surtout au Caire. J'ai écrit quelques cartes postales, à ma petite fille en France, ma grande fille en Angleterre, mon vieil instructeur de vol, mon psychiatre et également à Dr. Suporn, mon chirurgien en Thaïlande. Ensuite j'ai affronté les serveurs (qui sont tout à fait comme Manuel, le serveur complètement débile de la comédie télévisée Fawlty Towers) et j'ai pris le déjeuner à la piscine. Comme je n'avais plus la chambre ce fut un peu long d'attendre toute la journée le dîner à 19h30 et le vol pour le Caire à 22h30. Pendant que le soleil se couchait, je suis allée me changer aux toilettes des dames du club de santé. C'est vraiment chouette de pouvoir faire ça sans que personne ne sourcille.


Charm El Cheikh - Le Caire

C'était l'heure d'aller au restaurant japonais. Je me suis jointe à une famille anglaise sympa de 4 personnes et à un vieux couple de Palestiniens autour du fourneau central où le cuisinier prépare la nourriture. Nous devions tous porter une veste japonaise et un bandeau, rouge pour les femmes, jaune pour les hommes. Je me suis sentie très fière qu'on me donne le rouge ! Mon petit mouton noir, Shaun (*), en a eu un aussi. C'est un mâle mais il semble avoir été pris pour une femelle ! Le repas fut lent et de qualité moyenne, le service péniblement lent et totalement débile. J'ai dû me dépêcher pour attraper l'autobus de l'aéroport, qui partait à 21h30.
Une dame égyptienne, qui accompagnait ses deux petits-enfants au Caire, a bavardé avec moi dans le bus et m'a dit j'était s très jolie et que j'avais une allure fantastique bien qu'ayant eu 3 enfants ! Elle admirait aussi mes ongles et pensait que je ne faisais pas beaucoup de travaux domestiques. Faux ! À l'aéroport, c'était le bordel et l'avion a été retardé de 22h30 à 23h30. A l'arrivée au Caire, Esmael était là pour me prendre avec son petit taxi et je me suis couchée à 2h.

NdT. Corinne a toujours deux peluches en voyage : Moo (une vache) avec qui elle dort, et Shaun (un mouton) qui est une sorte de petit sac à dos plus commode qu'un sac à main.



Un dîner d'affaires respectable, cette fois... et une fille habillée classique !

Lundi 4 avril. Ma première réunion, avec [censuré], avait été très malheureusement annulée. La société que je devais voir ensuite était une toute petite officine dans une rue minable et l'immeuble semblait sur le point de s'écrouler. Le patron n'était pas là et j'ai vu son assistant, dont l'anglais n'était pas très bon. Pendant que je lui expliquais la raison de ma visite, il m'a fixée d'une façon très inconvenante. Quand j'ai eu fini de parler, comme je lui posais une question, il y eut un silence pesant et alors il a dit "Toi très belle femme..." J'ai souri et j'ai reposé ma question. Il a répondu "je peux aller à Charm el Cheikh avec vous ? "Hmmm... cette réunion ne semblait pas aller dans la bonne direction. Je l'ai recadrée et il m'a fourni l'information que je recherchais.
Ce fut ensuite une réunion avec Asser chez [censuré]. J'ai immédiatement demandé si je pouvais utiliser les WC et il sembla soudain très consterné. Sans doute encore une fois le problème du papier WC. Il m'a demandé d'attendre, il est sorti et, après une longue discussion animée à la réception, il est revenu en disant que cétait occupé et que ce serait libre dans 10 minutes. Plutôt vaseux. Il semblait décidément mal à l'aise et il était difficile de ne pas rire. Dix minutes plus tard la secrétaire a frappé à la porte pour dire que c'était libre. Derrière elle, j'ai aperçu une employée qui se sauvait avec ses produits de nettoyage ! Ils avaient évidemment décidé que les WC n'étaient pas assez propres pour la dame de Suisse ! J'ai été très flattée et j'ai trouvé cela extrêmement gentil. La réunion avait été bonne et je suis passée à la suivante.
Puis ce fut le retour à l'hôtel pour ma dilatation quotidienne, après quoi je me suis changée en T-shirt rose à manches longues, poncho rose, pantalon rose, ceinture rose, boucles d'oreilles roses (!) et bottines de daim noires. Elégante sans être trop sexy. Ce soir j'étais invitée à dîner par Ahmed. Il me retrouva à la réception de l'hôtel, en costume, il m'emmena à sa BMW 523i et me tint la porte ouverte. Voilà une marque de bon goût, bonnes manières et bonne éducation. Cela change. Nous sommes allés à Jo Sushi et avons fait un repas agréable. Il m'a traitée avec respect, sa conversation était intéressante, ses plaisanteries pleines d'esprit. Il a dit qu'il se rappelait un Hans-Jorg (mon collègue qui avait pris l'année dernière la responsabilité pour l'Egypte quand on ne m'avait pas permis d'y aller) et également un autre type dont il n'arrivait pas à se rappeler le nom... J'ai simulé l'ignorance mais me suis demandé s'il ne me jouait pas la comédie. Il n'a cependant à aucun moment paru gêné donc je suppose que je n'ai pas été démasquée. Nous nous sommes ensuite allés au Cairo Cellar prendre un café - liqueur puis il m'a ramenée au Mariott à minuit. Une soirée très agréable.


Encore des réunions

Mardi 5 avril. Ce matin je devais me lever à 6h pour une réunion à 8h30 à October City. Il y avait vraiment beaucoup de vent ce qui m'a compliqué la vie car mes cheveux étaient dans tous les sens, emmêlés et en désordre, et qu'il n'y a jamais aucun miroir dans les environs. Après une réunion sympa avec Tarek, je suis retournée chez [censuré] à Giza pour une autre réunion. Là, mon contact a voulu savoir si j'avais des enfants et je lui ai montrré une adorable photo de ma fille assise sur mon genou, pensant que c'était une excellente façon de dissiper les doutes qu'il aurait pu avoir au sujet de mes origines. Imaginez mon plaisir quand il s'est exclamé "votre fille est une copie exacte de vous, en miniature !"
La troisième réunion du jour était avec le directeur des ventes d'un grand importateur égyptien de matériel informatique. Cela risquait d'être un peu délicat parce qu'il pourrait vouloir demander des nouvelles de Richard. Et c'est bien sûr ce qu'il fit, ajoutant que Richard et lui s'étaient rencontrés il y a quelques années en Arabie Saoudite. Il a demandé si j'étais l'épouse de Richard, puisque le nom de famille était le même. Je me suis sentie obligée de dire que j'étais sa sœur cadette ! Nous avons parlé de mon frère et de son problème de calcul rénal de 2003 et il m'a demandé de lui transmettre ses sincères amitiés. Je me suis sentie très moche de raconter une telle histoire mais il n'y avait aucun moyen de pouvoir lui dire la vérité car il pouvait tomber raide mort sous le choc.
J'ai rendu visite à la société suivante sur ma liste mais il n'y avait là que deux secrétaires extrêmement ahuries et elles ne me furent d'aucune utilité. Je pense que j'ai dû les avoir réveillées. A la société suivante, le type a semblé être tombé amoureux de moi. Il a bavardé un temps fou et il a dit qu'il s'occuperait de moi lors de ma prochaine visite en Egypte. En rentrant à l'hôtel, j'ai acheté une paquet de cacahuètes et de friandises turques dans une superbe boutique pleine de sucreries.
Je me suis changée et je suis partie à pied au Ramses Hilton, grande consternation parmi les portiers et les taxis parce que j'allais réellement MARCHER et ne pas prendre un taxi. Ce ne fut pas une promenade agréable à cause des rafales de hurlements et des gens libidineux bavant depuis des voitures au ralenti. Le centre commercial était le même qu'il y a 2 ans : les mêmes boutiques vendant les mêmes fripes, des adolescents qui glandaient et personne n'achetant quoi que ce soit. J'entendis sans cesse le mot redouté "homme" de la part d'adolescents apparemment stupides qui jugent vraisemblablement du sexe d'une personne d'après la taille. J'ai failli dire quelque chose de très grossier à une connasse endormie dans la file d'attente des WC dames, qui avait fait la remarque que je viens de citer. Mais je savais exactement ce qu'aurait été la réaction : des glapissements d'effroi et je ne voulais pas voir ça. J'ai fait demi-tour, j'ai été draguée par un avocat de 27 ans qui a deviné que j'en avais 32... merci, cher monsieur. C'était un type tout à fait sympa mais il perdait son temps, comme un chien qui sait qu'il y a un chat là-haut qui se trompe d'arbre. Je lui ai dit que j'étais mariée parce qu'être une femme seule suscite toute une foule de problèmes dans ce pays.
En soirée j'ai pris un taxi pour le restaurant Pharaonic Boat (un restau flottant), mais le conducteur ne le connaissait pas sous ce nom et l'adresse que j'avais soigneusement recopiée dans l'annuaire du téléphone était fausse. Le résultat fut un circuit fort dangereux, en arrivant juste à temps avant que le bateau ne soit parti. J'ai abouti à une horrible table à côté du buffet et j'ai été sans cesse bousculée par des tas de gens. Je ne prendrai pas la peine d'y retourner. Le photographe officiel a proposé une photo avec la danseuse vedette mais malheureusement elle a refusé de s'asseoir sur mon genou. La chanteuse est venue et a exigé que je danse, j'ai accepté de lui accorder une danse avec moi, ce qu'elle a accepté, sans comprendre ce que j'avais dit. Quand j'ai mis mes mains sur ses hanches elle a eu l'air tout à fait horrifiée ! J'ai pris un taxi pour rentrer et je suis allée me coucher. J'en avais assez de l'Egypte pour cette fois.


Le Caire - Zurich - Genève

Mercredi 6 avril. Après le petit-déjeuner j'ai dilaté pendant deux heures puis j'ai payé la chambre, je suis arrivée légèrement en avance à l'aéroport et je suis allée acheter un paquet de cacahuètes dans une boutique. L'employé à la caisse était incroyablement lent et je l'ai signalé à l'homme derrière moi, puis j'ai abandonné et je suis partie. J'étais assise au bar et j'ai entendu le même homme, qui me tournait le dos, disant à ses amis à propos de la lenteur du service à la boutique Duty free : "il y avait une fille devant moi. Tout ce qu'elle voulait acheter c'était un paquet de cacahuètes et après une attente de 10 minutes elle a abandonné et elle est partie". J'étais très heureuse, non seulement de n'avoir pas été nommée de façon discriminatoire, mais d'avoir été appelée une fille plutôt qu'une femme !
J'ai pris l'avion de Zurich... un vol intercontinental sans journaux, sans cacahuètes, et même sans savon dans les WC ! A l'aéroport de Zurich mes vêtements d'été ont semblé causer un certain amusement. J'ai pris l'avion de Genève et suis rentrée à la maison. Cela avait été un voyage très réussi, vraiment, et j'ai été enchantée d'avoir pu me prouver que j'étais capable de travailler au Moyen-Orient sous ma nouvelle identité. En fait j'ai trouvé cela considérablement plus facile qu'avant parce que comme les hommes d'affaires locaux préfèrent clairement avoir affaire à une grande blonde aux yeux bleus plutôt qu'à un homme d'affaires quelconque !

Retour page 1 Page d'accueil

eXTReMe Tracker