Corinne apprend le parapente 2007. Page 1

J'ai volé assez régulièrement en deltaplane depuis 1981, accumulant plus de 400 heures sur mon Airwave Magic IV. Cependant, bien que j'aime le delta, cela m'ennuie de plus en plus de le transporter parce qu'il n'est pas vraiment léger ! Bien que j'habite à moins de 10 km du Col de la Forclaz, qui est un des meilleurs sites de vol libre d'Europe, je parviens rarement à trouver le temps nécessaire pour voler un après-midi. Il faut monter le delta sur la galerie de ma voiture, aller au Col puis le porter avec le harnais et le parachute, le casque et les instruments de vol, jusqu'en haut du chemin raide où est située la rampe de décollage. Après avoir volé pendant quelques heures, je suis obligée d'atterrir en bas parce que l'atterrissage supérieur n'est pas permis, de démonter le delta, de remonter chercher ma voiture en stop, ou à pied s'il y a personne (700 mètres de dénivelée), de redescendre récupérer le delta, le remettre sur le toit, rentrer à la maison, descendre le delta du toit et le mettre sur mon balcon. Ce n'est pas vraiment le genre de truc qu'une fille seule aime faire... J'ai donc décidé qu'il était grand temps que j'apprenne le parapente.


Premier jour

Deux jours après mon retour d'Egypte en avril 2007, je suis allée au village de Doussard à l'extrémité sud du lac d'Annecy, pas loin de chez moi. Je devais rencontrer Didier, mon instructeur de vol, à 9h à l'école de parapente Libre Envol. Comme il était trop tôt en saison pour ouvrir l'école de parapente, Didier a accepté de me donner un cours particulier d'initiation de 4 ou 5 jours. Mon expérience du deltaplane m'a évidemment évité de devoir réapprendre beaucoup de bases, comme les principes de vol, la météorologie et la manière de refaire mon rouge à lèvres en me balançant à 2000 mètres d'altitude, mais je n'avais pas un indice sur la manière de voler un parapente. Une tentative précédente il y a de nombreuses années, quand j'avais emprunté le parapente antique d'un ami et essayé de décoller avec, avec pour viatique les instructions les plus rudimentaires et une bonne dose d'optimisme, n'avait heureusement rien donné car les performances de la voile étaient lamentablement inadaptées à la pente que j'avais choisie et je n'avais jamais décollé !


Jusqu'à 2 mètres d'altitude au-dessus des bouses ! ! !

Après en avoir fini avec la paperasserie tout en prenant un café dehors au soleil, nous choisissons ma voile et ma sellette puis nous allons à la pente-école située au pied du Roc des Bœufs dominant la partie sud-ouest du lac. Grande consternation à notre arrivée : la pente était inutilisable parce qu'elle était occupée par les vaches ! Nous sommes allés à une autre pente, celle-ci située à Verthier sur la rive sud-est. Aucune vache ici mais beaucoup de bouses qui, je pouvais le sentir, m'attendaient pour que je tombe le nez dedans. Je ne pouvais pas m'empêcher de taquiner Didier, qui avait l'air vraiment gentil, et je l'ai laissé porter mon équipement en haut de la pente. Il a remarqué que c'était la première fois qu'il eût jamais porté le matériel d'un élève. J'ai joué le rôle de la blonde désemparée, ce qui n'a cessé de l'amuser. J'étais certainement habillée pour ce rôle dans mon petit t-shirt et mini-shorts blancs ! J'avais cependant apporté une paire de solides chaussures de montagne... et un pantalon pour le cas où je me vautrerais.


Ah, c'est le pied !

Bon, Didier a vite révisé son opinion sur moi quand il a vu l'enthousiasme et l'énergie que j'ai montrés lors de ma première demi-journée de cours. J'ai appris comment étendre la voile sur le sol et démêler les suspentes de différentes couleurs. Ensuite j'ai mis le harnais, j'ai tiré la voile vers le haut dans l'air... et j'ai couru aussi vite que je pouvais sur de la pente douce, jusqu'en bas, avant de ramasser la voile et les suspentes et de remonter jusqu'au sommet. La matinée s'est passée à courir de haut en bas et de bas en haut et Didier a remarqué que j'avais une énergie incroyable pour une femme de mon âge. Je me suis fait beaucoup de vilaines contusions sur les poignets et les bras, et le ventre parce que le harnais frottait contre eux. Mes seins m'ont fait un mal d'enfer et nous avons dû imaginer un système pour rembourrer ma veste afin de faire une sorte de coussin. Ici je fais mon premier vol, avec 2 mètres hors sol. Désolée pour le bougé de l'appareil-photo mais j'ai presque atterri sur la tête de mon pauvre instructeur.


Corinne emmène son instructeur voler en ULM.

A l'heure du déjeuner, Didier a dit qu'il fallait arrêter de voler et j'ai mendié de faire encore une fois. A ce moment il y avait un peu de vent et j'ai réussi à m'élever de 2 ou 3 mètres dans le ciel et à voler réellement ! C'était merveilleux et cela m'a rappelé mes premiers vols en deltaplane il y a 25 ans à Steyning Bowl dans les South Downs (Sussex, Angleterre). Nous avons rejoint un ami à lui pour déjeuner à une terrasse et avons parlé de vol. Comme les conditions de l'après-midi étaient beaucoup trop fortes pour une débutante, j'ai proposé à Didier un vol avec mon ULM et, une fois surmontée sa surprise initiale que je savais en piloter un, il a accepté avec plaisir.


Un vol autour du lac

Nous sommes allés en voiture à l'aéroport d'Annecy, nous avons décollé et volé directement jusqu'aux très pittoresques Dents de Lanfon (1821 m), la montagne au-dessus de ma maison, qui offre les meilleurs thermiques dans le secteur. L'ascendance violente au-dessus de ses falaises verticales chauffées par le soleil est souvent mise à profit par 30 ou 40 parapentes et deltaplanes, sur un après-midi, et j'ai passé beaucoup d'heures ici à la base des nuages en volant avec mon delta. Nous avons accroché le courant ascendant plus ou moins permanent à l'extrémité nord et avons tourné rapidement jusqu'au sommet (500 pieds par minute avec le moteur à bas régime pour économiser le carburant). Didier était au septième ciel, il n'était jamais monté dans un ULM pendulaire auparavant. Survoler le sommet des falaises abruptes est toujours un peu dramatique pour les cœurs fragiles parce qu'on a l'impression de tomber dans l'abîme. Malheureusement Didier n'a fait aucun bon film de ma montagne favorite (excepté la photo précédente sur laquelle vous pouvez la voir juste au-dessus de mon gant). Ici, au lieu de cela, c'est le Col de la Forclaz en bas à gauche, et au fond la Tournette (2351 m).


Un instructeur de vol content.

Après avoir survolé le Col de la Forclaz (1150 m) qui est le principal site de décollage pour les parapentes et deltaplanes, nous avons traversé le lac pour survoler la maison de ma petite fille en haut de St Jorioz. Avec son eau claire verte et bleue, il rappelle vu d'en haut les couleurs d'un récif de corail. Nous avons retraversé le lac au-dessus des falaises du Roc de Chère (au centre gauche de la photo, les Dents de Lanfon sont en haut à l'extrême droite) et nous sommes retournés à Annecy. Bon, je pense que c'est ce qui s'appelle faire une bonne impression à son instructeur !

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