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Je repris le train pour Paris le 19 décembre, après avoir dit au revoir à tous mes collègues de travail, parce qu'ils ne me reverraient plus jamais en homme. C'était mon dernier jour en tant qu'homme ! Je fus admis dans la clinique et je me couchai tôt. Je dormis bien jusqu'à 7 heures du matin. On me réveilla et on me dit de prendre une douche le plus rapidement possible. Ce jour-là, on allait me faire un lifting, une blépharoplastie haute et basse, une réduction de la pomme d'Adam et une lipostructure des pommettes et des lèvres.
On vint me chercher à 8h30 et j'eus une courte discussion avec le Dr. Bui, qui me dit qu'il ne pourrait pas réduire davantage ma mâchoire à cause des nerfs la parcourant. En ce qui concernait la lipostructure ? ? ? ? ? Bui dessina des lignes sur mon visage. Je m'endormis si doucement que je ne m'en rendis pas compte.
Je me réveillai très lentement en salle de réanimation, murmurant continuellement le nom de ma fille de six ans. J'avais désespérément besoin d'uriner mais j'avais perdu ma voix. J'agitai donc mon bras. L'infirmière me dit : "Je vous apporte le bassin madame". Il fut poussé sous moi et je réussi à uriner droit. Je fus ramenée dans ma chambre et portée dans mon lit par un infirmier et une infirmière, n'ayant aucune force moi-même. Je me rappelle avoir pris la main de la femme et qu'elle la retira avec un petit rire surpris.
Je me sentais très seule et en manque d'affection. Je passai toute la journée et la nuit totalement faible et incapable de bouger. La drogue dans la perfusion me faisait uriner toutes les 15 minutes et je devais continuellement demander le bassin. Ce qui était bien, c'était que tout le monde m'appelait madame. Je me réveillai vers 7h30 et on me libéra de la perfusion et des 2 drains de chaque côté à l'arrière de mon cou. J'étais capable de me lever, de me laver et d'aller aux toilettes.
Mon visage ressemblait à un ballon de football, avec des yeux très enflés et écarlates, des pommettes larges d'1 mile et des lèvres vraiment enflées. Le reste était bandé. L'assistante blonde du Dr. Bui vint changer mes pansements et me dit que je pouvais partir à midi. J'appelai ma cousine Véronique qui vit à Paris. Elle vint me chercher, m'emmena dans son bel appartement dans le centre de Paris et j'allai directement au lit.
Nous prîmes le déjeuner, je ne pus manger que de la soupe, de l'omelette et de la salade coupées en tout petits bouts. Je retournai au lit jusqu'au diner avec encore de la soupe. J'étais épuisée... Pas de douleur mais je ne pouvais dormir sur le dos, être sur le côté comprimait trop les agrafes derrière mes oreilles. Je me réveillai à midi et enlevai les bandages pour prendre une douche... Je ne me reconnus pas ! Mon visage était totalement déformé bien qu'à l'évidence il retrouverait ses proportions normales dans les prochains jours. Je me lavai les cheveux, m'habillai en jean et pullover, complètement androgyne. Sur le chemin de la station de métro une femme me donna du madame bien que n'étant ni maquillée ni en vêtements féminins. Dans le train on ne donna une nouvelle fois du madame et lorsque j'allai au supermarché le troisième jour, encore sans maquillage, cela recommença. C'était vraiment cool !
Et voilà donc mon nouvel aspect, quelques mois après ma seconde FFS. Ma nouvelle coupe de cheveux et mon nouveau look font que je "passe" toujours. C'est merveilleux d'être laissée tranquille dans la rue, plus de regards obliques ni de commentaires. Je ne suis plus la proie des "amateurs de trans", qui se comportent avec moi comme des gens normaux. La prochaine opération est ma SRS avec augmentation mammaire le 1er septembre 2004 en Thaïlande.
Mes collègues au travail semblent me trouver mieux qu'avant et je me sens deux fois plus dynamique, je me réveille maintenant le lundi matin pleine de joie et d'entrain ! Vivre à temps plein en Corinne depuis le début de 2004 m'a donné une paix intérieure que je n'avais jamais rêvé pouvoir exister - un poids de 10 tonnes est tombé de moi, que j'avais porté depuis ma naissance.
Six mois plus tard j'ai accompli mon premier voyage d'affaires en Corinne, au Danemark, en Finlande, en Norvège et en Suède, et tous mes contacts sans exception ont été remarquablement positifs et encourageants. J'ai choisi d'être complètement ouverte au sujet de ma transsexualité et nous avons ensemble ri aux éclats du choc qu'ils ont eu. Mais c'est pareil partout où je vais : à une ou deux rares exceptions près, chacun semble très occupé !
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