La féminisation faciale de Corinne

C'est en 2003 que je me suis décidée pour de bon à faire ma transition, mais avant de la faire, il était nécessaire de la préparer par quelques changements structurels...


Le mec derrière la nana

Ayant vécu une double vie pendant de très nombreuses années, je me suis finalement rendu compte que je n'en pouvais plus. A l'âge de 48 ans, j'avais l'impression douloureuse que ma vie était en train de s'écouler à grande vitesse et que je n'avais pas encore eu la possibilité de vivre ma véritable identité. J'avais bien compris que toute mon énergie était consacrée à augmenter au maximum le temps passé en Corinne, avec tous les dégâts conséquents sur ma famille et ma carrière. Ma vie a été construite sur des fondations pourries et j'étais plus ou moins incapable de réussir en rien : deux mariages cassés et une carrière assez banale. Je vivais un mensonge dans lequel je cachais un secret noir et très profond, tout en jouant un rôle que tout le monde attendait de moi.
J'avais pris la décision de commencer une hormonothérapie en 2002 et j'avais demandé à mon employeur son accord pour faire ma transition. Un refus total au début s'est transformé à la fin 2003 en acceptation à contrecœur, à condition que je sois acceptée par mes collègues et par les clients. Garder mon job m'était primordial, je me suis donc décidée à faire un très lourd investissement sur mon visage pour pouvoir passer aussi bien que possible. Donc une opération chirurgicale de féminisation du visage était indispensable... avant même mon opération de réassignation sexuelle.


Mon look féminin habituel avant la FFS

J'ai été maintes fois critiquée d'avoir un look beaucoup trop voyant, et même si c'était plus ou moins acceptable dans ma vie privée je devais me présenter de façon plus traditionnelle pour le boulot. C'est ma coiffure qui semble gêner le plus mon entourage ! Me voici avec ma chienne Tanya à côté de chez moi, au bord du lac d'Annecy. Petite note intéressante : on peut aperçevoir la petite croissance de mes seins après 8 mois d'hormonothérapie féminisante.


Clinique de Turin, Paris

La première chose que j'aie faite fut de faire corriger ma myopie car porter des lentilles me gênait vraiment et je n'avais pas l'intention de porter des lunettes en tant que fille. J'ai donc choisi la correction par laser à la Clinique Beaulieu à Genève. J'y suis allée pendant ma pause de midi, légèrement inquiète, mais une demi-heure plus tard j'avais la meilleure vue que j'aie jamais eue. Je suis rentrée au bureau en voiture mais, après avoir travaillé deux heures je fus obligée de rentrer car je devenais très photosensible. Je suis restée 24 heures dans la pénombre, souffrant comme si j'avais du sable dans les yeux. Je me suis rétablie rapidement et j'ai repris le travail.
Début septembre 2003, je suis partie pour 3 semaines de vacances, en prenant le TGV pour Paris et la Clinique de Turin. J'avais choisi le Dr. Bui, chirurgien ésthétique très renommé et spécialiste de la féminisation du visage chez les transsexuelles. Sur le menu pour le lendemain matin : la réduction du front et des arcades sourcillières (ce qui entraîne l'incision d'une oreille jusqu'à l'autre dans la chevelure pour détacher la peau et limer les os... oh la la !), réduction de la mâchoire et du menton, rhinoplastie et abrasion laser de la peau du bas du visage. Une chirurgie assez lourde après tout, mais je n'éprouvais aucun doute sur ma décision et j'avais une grande confiance dans le Dr. Bui. J'étais tout à fait calme et à l'aise.
Ma copine Ester de Paris est venue me rendre visite en début de soirée, puis je me suis couchée sans avoir recours au sédatif offert par l'infirmière. Je me suis endormie immédiatement avec mon nounours Moo dans les bras et je me suis reveillée vers 6h30 le lendemain matin. C'était le grand jour... Allais-je finalement ressembler à une VRAIE nana ????
J'ai pris ma douche à la bétadine, puis je suis retournée au lit. On est venu me chercher à 8h15 pour m'enmener en salle d'opération, où le Dr. Bui m'a tracé des lignes sur le visage. Je lui ai demandé : "Docteur, féminisez-moi au maximum !" Puis je me suis endormie.
A peu près 6 heures plus tard, je me suis réveillée en grelottant dans la salle de réanimation. Ma première pensée fut : "Finalement, je l'ai fait" ! J'entendais une petite fille à côté qui demandait : "quand est-ce que je pourrai rentrer dans ma chambre ?" Puis la réponse : "on va emmener cette dame d'abord (moi !) puis ce sera ton tour". Ensuite j'ai passé deux jours partiellement éveillée, en dormant mal la nuit et en récupérant le jour. Le problème était que j'étais obligée de dormir sur le dos car les agrafes dans la chevelure m'empêchaient de me mettre sur le côté. C'était très inconfortable mais je ne ressentais pas de douleur.


3 jours après ma FFS !

Réveil pour le petit déjeuner, après une nuit blanche horrible pendant laquelle j'ai souffert de douleurs dans le dos du fait d'avoir été 5 heures sur la table d'opération. J'ai tout de suite vomi un quart de litre de sang, qui s'était écoulé de mon nez dans mon estomac pendant l'opération. Je n'ai rien pu manger de toute la journée et j'ai dormi jusqu'au soir. La douleur n'était pas vraiment au rendez-vous, à part la partie de mon visage qui avait été brûlée par le laser.
A 3h, je me suis réveillée et, ayant repris des forces, je me suis levée pour faire un petit tour dans les couloirs de la clinique, en poussant mon mât à perfusion devant moi. Une infirmière m'a enlevé la masque et a nettoyé les agrafes dans ma chevelure. Puis elle m'a mis un pansement sur le visage, ce qui fut nettement plus confortable.
Mon nez bouché me gêne beaucoup. Tout ce que je veux faire en ce moment c'est dormir... La nuit suivante fut également blanche mais j'avais demandé à la mignonne infirmière Camerounaise, Léa, un cachet pour dormir. Elle est revenue pendant la nuit et a été très touchée par le fait que je serrais Moo dans mes bras en dormant.
Le matin, la plupart de mes pansements se sont enlevés tout seuls, avec un peu d'aide de ma part. Donc j'étais en mesure de vérifier mon nouveau visage. J'étais totalement épuisée. J'ai quitté la clinique et j'ai marché en titubant vers le métro, pas loin de tomber dans les vapes... Vu l'état de mes finances en ce moment, je ne pouvais pas prendre un taxi. A la Gare de Lyon, j'ai acheté un billet pour Annecy et j'ai dormi pendant presque tout le voyage. Malgré mon visage effrayant, les gens autour de moi étaient très discrets. Mon ex-femme est venue me chercher à Annecy et a été assez choquée par l'état de ma tronche mais j'étais très heureuse de la voir. Une fois à la maison, je me suis pesée et j'ai constaté que j'avais perdu 4 kilos en 4 jours.


Après la première FFS

Me voici un mois plus tard. Les changements au niveau du menton ne sont pas apparents car j'ai besoin de faire opérer la peau lors d'une deuxième opération FFS prévue pour le mois de décembre. Les changements ont été assez subtils mais quand même réels, surtout en ce qui concerne mon profil, et j'ai trouvé que je passais beaucoup mieux qu'avant. Le plus surprenant est la vitesse de récupération de ma peau brulée par le laser - seulement 7 jours - et je suis capable de cacher entièrement la rougeur par le fond de teint. J'ai gagné énormément de paix intérieure suite à cette opération, bien que j'aie d'énormes difficultés pour trouver les moyens de payer la facture !


Deuxième FFS - décembre 2003

Je repris le train pour Paris le 19 décembre, après avoir dit au revoir à tous mes collègues de travail, parce qu'ils ne me reverraient plus jamais en homme. C'était mon dernier jour en tant qu'homme ! Je fus admis dans la clinique et je me couchai tôt. Je dormis bien jusqu'à 7 heures du matin. On me réveilla et on me dit de prendre une douche le plus rapidement possible. Ce jour-là, on allait me faire un lifting, une blépharoplastie haute et basse, une réduction de la pomme d'Adam et une lipostructure des pommettes et des lèvres.
On vint me chercher à 8h30 et j'eus une courte discussion avec le Dr. Bui, qui me dit qu'il ne pourrait pas réduire davantage ma mâchoire à cause des nerfs la parcourant. En ce qui concernait la lipostructure ? ? ? ? ? Bui dessina des lignes sur mon visage. Je m'endormis si doucement que je ne m'en rendis pas compte.

Je me réveillai très lentement en salle de réanimation, murmurant continuellement le nom de ma fille de six ans. J'avais désespérément besoin d'uriner mais j'avais perdu ma voix. J'agitai donc mon bras. L'infirmière me dit : "Je vous apporte le bassin madame". Il fut poussé sous moi et je réussi à uriner droit. Je fus ramenée dans ma chambre et portée dans mon lit par un infirmier et une infirmière, n'ayant aucune force moi-même. Je me rappelle avoir pris la main de la femme et qu'elle la retira avec un petit rire surpris.
Je me sentais très seule et en manque d'affection. Je passai toute la journée et la nuit totalement faible et incapable de bouger. La drogue dans la perfusion me faisait uriner toutes les 15 minutes et je devais continuellement demander le bassin. Ce qui était bien, c'était que tout le monde m'appelait madame. Je me réveillai vers 7h30 et on me libéra de la perfusion et des 2 drains de chaque côté à l'arrière de mon cou. J'étais capable de me lever, de me laver et d'aller aux toilettes.

Mon visage ressemblait à un ballon de football, avec des yeux très enflés et écarlates, des pommettes larges d'1 mile et des lèvres vraiment enflées. Le reste était bandé. L'assistante blonde du Dr. Bui vint changer mes pansements et me dit que je pouvais partir à midi. J'appelai ma cousine Véronique qui vit à Paris. Elle vint me chercher, m'emmena dans son bel appartement dans le centre de Paris et j'allai directement au lit.
Nous prîmes le déjeuner, je ne pus manger que de la soupe, de l'omelette et de la salade coupées en tout petits bouts. Je retournai au lit jusqu'au diner avec encore de la soupe. J'étais épuisée... Pas de douleur mais je ne pouvais dormir sur le dos, être sur le côté comprimait trop les agrafes derrière mes oreilles. Je me réveillai à midi et enlevai les bandages pour prendre une douche... Je ne me reconnus pas ! Mon visage était totalement déformé bien qu'à l'évidence il retrouverait ses proportions normales dans les prochains jours. Je me lavai les cheveux, m'habillai en jean et pullover, complètement androgyne. Sur le chemin de la station de métro une femme me donna du madame bien que n'étant ni maquillée ni en vêtements féminins. Dans le train on ne donna une nouvelle fois du madame et lorsque j'allai au supermarché le troisième jour, encore sans maquillage, cela recommença. C'était vraiment cool !

Et voilà donc mon nouvel aspect, quelques mois après ma seconde FFS. Ma nouvelle coupe de cheveux et mon nouveau look font que je "passe" toujours. C'est merveilleux d'être laissée tranquille dans la rue, plus de regards obliques ni de commentaires. Je ne suis plus la proie des "amateurs de trans", qui se comportent avec moi comme des gens normaux. La prochaine opération est ma SRS avec augmentation mammaire le 1er septembre 2004 en Thaïlande.
Mes collègues au travail semblent me trouver mieux qu'avant et je me sens deux fois plus dynamique, je me réveille maintenant le lundi matin pleine de joie et d'entrain ! Vivre à temps plein en Corinne depuis le début de 2004 m'a donné une paix intérieure que je n'avais jamais rêvé pouvoir exister - un poids de 10 tonnes est tombé de moi, que j'avais porté depuis ma naissance.
Six mois plus tard j'ai accompli mon premier voyage d'affaires en Corinne, au Danemark, en Finlande, en Norvège et en Suède, et tous mes contacts sans exception ont été remarquablement positifs et encourageants. J'ai choisi d'être complètement ouverte au sujet de ma transsexualité et nous avons ensemble ri aux éclats du choc qu'ils ont eu. Mais c'est pareil partout où je vais : à une ou deux rares exceptions près, chacun semble très occupé !



Un profil entièrement nouveau

Le plus grand changement est sans doute mon profil. Le nez a été complètement refait, ainsi que la mâchoire. J'avais la sensation d'avoir un profil très masculin... et maintenant c'est fini pour toujours !


2005, un an après

Me voici un an plus tard. Mon visage semble devenu encore plus féminin... peut-être est-ce un effet au long cours des hormones ? C'est aussi 6 mois après mon opération de changement de sexe en Thaïlande. Ma transformation est achevée... et j'ai enfin trouvé la Paix !

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